Retraite

PER : préparer sa retraite et sa fiscalité

Le PER doit donc être envisagé à la fois comme une enveloppe d’investissement, un dispositif de préparation de la retraite et un mécanisme fiscal.

Par Pierre Borolier, Conseiller en gestion de patrimoinePublié le 11 min de lecture
Épargne constituée progressivement pour préparer la retraite.

Préparer sa retraite et comprendre sa fiscalité

Le Plan d’Épargne Retraite, ou PER, est souvent présenté à travers son avantage fiscal. Pourtant, sa déduction fiscale ne constitue qu’une partie de son fonctionnement.

Avant d’y verser de l’épargne, plusieurs éléments doivent être compris :

  • l’argent est en principe destiné à être conservé jusqu’à la retraite ;
  • les sommes versées peuvent être investies sur différents supports ;
  • certains versements peuvent être déduits du revenu imposable ;
  • cette déduction a des conséquences sur la fiscalité lors de la récupération de l’épargne ;
  • plusieurs possibilités de sortie existent, notamment en capital ou en rente.

Le PER doit donc être envisagé à la fois comme une enveloppe d’investissement, un dispositif de préparation de la retraite et un mécanisme fiscal.


1. Le fonctionnement du PER

Le PER est une enveloppe créée pour permettre de constituer progressivement une épargne pendant la vie active, avec pour objectif principal de la récupérer au moment de la retraite.

Il existe plusieurs formes de PER :

  • le PER individuel, ouvert directement par un particulier ;
  • le PER d’entreprise collectif ;
  • le PER d’entreprise obligatoire.

Ces différents plans répondent à une architecture commune, même si leur mode d’alimentation peut différer.

Le PER individuel peut notamment prendre la forme :

  • d’un contrat d’assurance ;
  • ou d’un compte-titres.

Cette distinction peut avoir des conséquences sur les supports accessibles, les frais et certaines modalités de transmission en cas de décès.

Une enveloppe contenant différents supports

Comme pour une assurance-vie, le PER est une enveloppe. L’argent versé n’est donc pas simplement placé « sur un PER » : les sommes qu’il contient sont investies sur différents supports.

Selon le contrat ou le plan proposé, il peut notamment être possible d’accéder à :

  • des fonds obligataires ;
  • des fonds investis en actions ;
  • des fonds diversifiés ;
  • des supports immobiliers ;
  • des supports monétaires ;
  • et, dans certains PER assurantiels, à un fonds en euros.

2. La gestion de l’épargne

Par défaut, le PER fonctionne généralement selon un principe de gestion pilotée à horizon.

Lorsque la retraite est encore éloignée

Une part plus importante de l’épargne peut être investie sur des supports susceptibles de connaître davantage de fluctuations, avec l’objectif de rechercher un potentiel de rendement supérieur sur une longue période.

Lorsque la retraite approche

L’exposition au risque est progressivement réduite et une part plus importante de l’épargne est orientée vers des supports considérés comme moins risqués.

Cette sécurisation progressive vise à limiter l’exposition à une forte baisse des marchés à proximité de la date prévue de récupération de l’épargne. Elle ne constitue cependant pas une garantie contre les pertes.

Selon le PER, d’autres modes de gestion peuvent également être proposés.

Principaux intérêts et points d’attention

Principaux intérêts de la gestion à horizon

  • Prise en compte de la durée restant avant la retraite.
  • Réduction progressive de l’exposition au risque.
  • Gestion automatisée de la répartition de l’épargne.

Points d’attention

  • Le capital n’est pas nécessairement garanti.
  • Les performances dépendent des supports utilisés.
  • Les frais et la composition de la gestion peuvent varier fortement d’un PER à l’autre.

3. La déduction fiscale à l’entrée

L’une des principales particularités du PER concerne les versements volontaires.

Dans certaines limites, les sommes versées peuvent être déduites du revenu imposable. Il ne s’agit pas d’une réduction d’impôt directement égale au montant versé : le mécanisme consiste à réduire le revenu soumis à l’impôt.

Exemple simplifié

Une personne dispose d’un revenu dont une partie est imposée dans une tranche marginale de 30 %. Elle verse 5 000 € sur son PER.

Si cette somme est intégralement déductible et se situe dans cette tranche d’imposition, l’économie d’impôt théorique peut atteindre 1 500 € :

5 000 € × 30 % = 1 500 €

Le même versement n’aurait pas nécessairement le même effet pour une personne dont la tranche marginale d’imposition est différente.

L’avantage fiscal dépend donc notamment :

  • du revenu imposable ;
  • de la tranche marginale d’imposition ;
  • du montant versé ;
  • du plafond de déduction disponible.

Le plafond personnel d’épargne retraite figure notamment sur l’avis d’impôt.

À compter de 2026, certaines règles de report des plafonds non utilisés ont été élargies ; par ailleurs, les versements réalisés après 70 ans ne sont plus déductibles.

Le choix de déduire ou non ses versements

Il est possible de renoncer à la déduction fiscale lors d’un versement volontaire sur un PER. Cette distinction est importante car elle modifie la fiscalité lors de la sortie.

Traitement du versementÀ l’entréeLors d’une sortie en capital
Versement déduitLe versement procure un avantage fiscal.La somme correspondant au versement pourra être soumise à l’impôt sur le revenu.
Versement non déduitLe versement ne réduit pas le revenu imposable.La fraction correspondant au versement n’est pas soumise à l’impôt sur le revenu. Les gains suivent leur propre régime fiscal.

Présenter le PER uniquement comme un moyen de « payer moins d’impôts » serait incomplet.

Dans de nombreuses situations, il s’agit plutôt d’un décalage de fiscalité dans le temps :

  • Aujourd’hui, une déduction peut réduire le revenu imposable ;
  • À la retraite, les sommes récupérées peuvent être fiscalisées selon leur origine et les choix effectués lors des versements.

La question pertinente n’est donc pas seulement : « Combien vais-je économiser d’impôt cette année ? »

Mais également : « Quelle fiscalité pourra s’appliquer lorsque je récupérerai cette épargne ? »


4. La disponibilité avant la retraite

En principe, le PER est destiné à rester investi jusqu’à la retraite.

L’épargne peut généralement être récupérée à compter de la liquidation de la retraite ou lorsque l’âge légal permettant cette liquidation est atteint.

La réglementation prévoit cependant plusieurs situations permettant un déblocage anticipé. Il peut notamment être possible de récupérer l’épargne en cas :

  • d’invalidité ;
  • de décès du conjoint ou partenaire de Pacs ;
  • d’expiration de certains droits au chômage ;
  • de surendettement ;
  • de cessation d’une activité non salariée à la suite d’une liquidation judiciaire ;
  • ainsi que pour l’acquisition de la résidence principale.

Le cas particulier de la résidence principale

L’acquisition de la résidence principale constitue l’une des différences importantes entre le PER et certains anciens dispositifs d’épargne retraite.

Une partie de l’épargne peut être débloquée avant la retraite pour financer cette acquisition. Il faut cependant distinguer l’origine des sommes.

Les droits provenant de versements obligatoires ne bénéficient pas de cette possibilité de sortie pour l’acquisition de la résidence principale.

La fiscalité du déblocage

« Débloquer » ne signifie pas nécessairement « récupérer sans fiscalité ».

Lorsque le déblocage pour résidence principale concerne des versements volontaires qui avaient été déduits du revenu imposable, la fraction correspondant à ces versements peut être imposée à l’impôt sur le revenu.

La fiscalité doit donc être examinée en même temps que la possibilité juridique de récupérer l’épargne.


5. La sortie à la retraite et sa fiscalité

Pour les sommes provenant notamment de versements volontaires, plusieurs modes de sortie peuvent généralement être envisagés.

La sortie en capital

Tout ou partie de l’épargne est récupéré sous forme de capital. Le versement peut, selon les conditions du plan, intervenir en une ou plusieurs fois.

La sortie en rente viagère

L’épargne est transformée en revenu régulier versé pendant la vie du bénéficiaire.

La combinaison du capital et de la rente

Une partie peut être récupérée en capital et l’autre utilisée pour mettre en place une rente.

Les sommes provenant de cotisations obligatoires d’entreprise répondent à des règles particulières et ont, en principe, vocation à être liquidées en rente.

La fiscalité d’une sortie en capital

La réponse dépend principalement de la manière dont les versements ont été traités fiscalement à l’entrée.

Si les versements ont été déduits du revenu imposable :

  • la fraction correspondant aux versements est soumise au barème progressif de l’impôt sur le revenu ;
  • la fraction correspondant aux gains relève de la fiscalité applicable aux produits financiers.

Selon les règles applicables en 2026, les produits soumis au prélèvement forfaitaire supportent notamment 12,8 % au titre de l’impôt sur le revenu et 18,6 % au titre des prélèvements sociaux, soit un taux global de 31,4 %, sous réserve des règles et options fiscales applicables.

Si les versements n’ont pas été déduits :

  • la fraction correspondant aux versements n’est pas soumise à l’impôt sur le revenu ;
  • les gains restent soumis à la fiscalité applicable aux produits financiers.

Exemple simplifié

Un PER comporte :

  • 80 000 € de versements volontaires déduits ;
  • 20 000 € de gains ;

soit une valeur totale de 100 000 €.

En cas de sortie totale en capital, les 100 000 € ne suivent pas tous le même traitement fiscal.

Fraction récupéréeMontantTraitement à examiner
Versements volontaires déduits80 000 €Impôt sur le revenu selon les règles applicables
Gains20 000 €Fiscalité propre aux produits du placement

Cette distinction permet de comprendre pourquoi la fiscalité d’un PER ne peut pas être appréciée uniquement au moment du versement.


6. Comparer les PER

Tous les PER ne se valent pas.

L’avantage fiscal est encadré par la réglementation, mais les caractéristiques du PER lui-même peuvent fortement varier d’un établissement à l’autre.

Les frais

Différents coûts peuvent exister :

  • frais sur versement ;
  • frais annuels de gestion ;
  • frais propres aux supports d’investissement ;
  • frais d’arbitrage ;
  • frais liés à certaines options de gestion ;
  • frais éventuels de transfert.

L’accumulation de frais sur une épargne détenue pendant plusieurs dizaines d’années peut avoir un effet significatif sur le capital final.

Les supports accessibles

Deux PER peuvent proposer des univers d’investissement très différents.

Il convient notamment d’examiner :

  • la diversité des supports ;
  • leurs niveaux de risque ;
  • leurs frais ;
  • leur historique ;
  • leur liquidité ;
  • leur horizon d’investissement.

Le mode de gestion

Une même appellation comme « prudent », « équilibré » ou « dynamique » ne suffit pas nécessairement à comprendre la composition réelle du portefeuille.

Il est utile d’examiner les actifs effectivement détenus et la manière dont la sécurisation progressive est organisée.

Les conditions de transfert

Un PER peut être transféré vers un autre PER.

Lorsque le plan est détenu depuis au moins cinq ans, le transfert est en principe gratuit. Avant cinq ans, des frais peuvent être appliqués dans la limite prévue par la réglementation.

Les sept questions à poser avant d’ouvrir ou d’alimenter un PER

Avant de prendre une décision, il peut être utile d’obtenir une réponse précise aux questions suivantes :

  1. Quel avantage fiscal le versement produit-il réellement ?
    Quel est le plafond disponible et quelle partie du versement sera effectivement déductible ?
  2. Que se passera-t-il fiscalement lors de la récupération de cette somme ?
    Le versement a-t-il été déduit ou non et quelles en seront les conséquences à la sortie ?
  3. Pendant combien de temps cette épargne peut-elle raisonnablement être immobilisée ?
    Le PER est destiné à la retraite et ne doit pas être assimilé à une épargne disponible à tout moment.
  4. Sur quels supports l’argent sera-t-il réellement investi ?
    Actions, obligations, fonds en euros, immobilier ou autres supports : quelle est la composition réelle du portefeuille ?
  5. Quelle perte pourrait être subie dans un scénario défavorable ?
    Le risque mérite d’être exprimé en euros et pas uniquement à travers une catégorie comme « équilibré » ou « dynamique ».
  6. Combien le PER coûte-t-il réellement ?
    Il faut prendre en compte les frais du plan ainsi que ceux des supports détenus.
  7. Comment l’épargne pourra-t-elle être récupérée ?
    Capital, capital fractionné, rente, combinaison des deux : quelles options sont prévues et avec quelles conséquences fiscales ?

La question n’est donc pas uniquement : « Combien puis-je déduire de mes impôts en versant sur un PER ? »

Mais plutôt : « Quelle somme vais-je immobiliser, comment sera-t-elle investie et quelles seront les conséquences fiscales lorsque je la récupérerai ? »

Sources et références

  1. 1.Comment fonctionne le plan d’épargne retraite individuel ? — Ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique
  2. 2.Informations relatives au Plan d’Épargne Retraite — Direction générale du Trésor
  3. 3.Plan d’épargne retraite (PER) – PER individuel — Service-Public.fr
  4. 4.Documentation relative à l’épargne de long terme, aux supports d’investissement et aux frais — Autorité des marchés financiers
PartagerLinkedInXFacebookE-mail

Auteur

Pierre Borolier

Conseiller en gestion de patrimoine

Pierre Borolier accompagne particuliers et chefs d'entreprise dans la structuration de leur patrimoine : immobilier, allocation d'actifs, fiscalité, préparation de la retraite et transmission.

Diplômé Bac+5 en Gestion de patrimoine. Après de nombreuses années dans différentes structures (banque privée, Family Office, Cabinets indépendants), j’ai décidé de créer ce site afin de transmettre mon expérience au plus grand nombre, afin de vous aider à mieux maîtriser ces notions, et à éviter les erreurs les plus fréquentes. En toute indépendance.

À lire également