Investissement

Diversification : répartir les sources de risque

La diversification doit donc être comprise comme une répartition des sources de risque, et pas simplement comme une multiplication des lignes.

Par Pierre Borolier, Conseiller en gestion de patrimoinePublié le 7 min de lecture
Répartition de plusieurs investissements entre différentes sources de risque.

Répartir les risques sans multiplier inutilement les placements

La diversification est souvent résumée par une formule simple : « Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. »

Le principe est juste, mais incomplet.

Diversifier ne consiste pas uniquement à détenir plusieurs placements. Il s’agit surtout de répartir son patrimoine entre des investissements qui ne réagissent pas tous de la même manière aux mêmes événements.

Un portefeuille peut ainsi contenir dix lignes différentes tout en restant très concentré si elles dépendent toutes :

  • du même secteur ;
  • du même pays ;
  • de la même devise ;
  • ou du même moteur économique.

La diversification vise donc principalement à réduire la dépendance du patrimoine à un risque unique, sans supprimer pour autant la possibilité de perte.

1. L’intérêt de la diversification

Supposons deux portefeuilles de 100 000 €.

Portefeuille APortefeuille B
Répartition100 % investi dans une seule entreprise.Réparti entre plusieurs dizaines d’entreprises, secteurs et zones géographiques.
ConséquenceSi cette entreprise perd 40 %, le portefeuille vaut 60 000 €.La baisse d’une seule entreprise aura généralement un impact beaucoup plus limité sur l’ensemble.

La diversification permet donc de réduire certains risques spécifiques, comme :

  • la faillite d’une entreprise ;
  • la crise d’un secteur ;
  • la faiblesse d’une économie ;
  • un événement touchant une zone géographique précise.

Elle ne protège cependant pas contre tous les risques.

Lors d’une crise globale, plusieurs catégories d’actifs peuvent baisser simultanément.

2. Plusieurs placements ne signifient pas nécessairement une diversification

C’est l’un des principaux pièges.

Un investisseur peut détenir :

  • un ETF mondial ;
  • un fonds actions internationales ;
  • un ETF technologique ;
  • plusieurs actions américaines ;

et penser disposer de quatre investissements différents.

Pourtant, ces supports peuvent tous être fortement exposés aux mêmes grandes entreprises américaines.

Autre exemple

Un patrimoine composé de :

  • résidence principale ;
  • appartement locatif ;
  • SCPI ;
  • foncières cotées ;

contient plusieurs placements, mais reste fortement exposé au marché immobilier.

La bonne question n’est donc pas : « Combien de produits est-ce que je possède ? »

Mais plutôt : « À quels risques mon patrimoine est-il réellement exposé ? »

Cette logique rejoint celle utilisée pour les supports d’assurance-vie : plusieurs produits peuvent présenter des appellations différentes tout en reposant sur des risques proches.

3. Les dimensions de la diversification

La diversification peut être analysée selon plusieurs dimensions.

Les catégories d’actifs, par exemple :

  • actions ;
  • obligations ;
  • immobilier ;
  • liquidités ;
  • certains autres actifs.

Ces catégories peuvent réagir différemment aux variations de croissance, d’inflation ou de taux d’intérêt.

Les zones géographiques :

  • France ;
  • Europe ;
  • États-Unis ;
  • autres pays développés ;
  • marchés émergents.

Les secteurs. Technologie, santé, industrie, finance, consommation, énergie ou immobilier ne réagissent pas toujours de la même manière aux cycles économiques.

Les émetteurs. Détenir plusieurs entreprises permet de limiter l’impact d’un problème propre à une société.

Les devises. Un investissement international peut également introduire une exposition à différentes monnaies.

Les échéances. Pour les placements obligataires ou certains projets patrimoniaux, répartir les horizons peut aussi éviter que l’ensemble du patrimoine dépende d’une seule date.

La diversification doit donc être comprise comme une répartition des sources de risque, et pas simplement comme une multiplication des lignes.

4. La corrélation et les limites de la diversification

Comprendre la corrélation

Deux actifs sont dits fortement corrélés lorsqu’ils ont tendance à évoluer dans le même sens.

Exemple simplifié

Deux fonds investissent essentiellement dans les mêmes grandes entreprises.

Lorsque celles-ci progressent, les deux fonds montent.

Lorsqu’elles baissent, les deux fonds reculent.

Détenir les deux apporte donc relativement peu de diversification.

À l’inverse, deux catégories d’actifs peuvent parfois réagir différemment au même événement économique.

L’objectif n’est pas nécessairement de rechercher des actifs qui évoluent toujours en sens opposé.

Il s’agit plutôt d’éviter que toutes les composantes du portefeuille dépendent exactement du même scénario.

La diversification ne supprime pas le risque

Un portefeuille très diversifié peut malgré tout perdre de la valeur.

Pourquoi ? Parce que certains risques concernent l’ensemble des marchés :

  • récession ;
  • hausse brutale des taux ;
  • crise financière ;
  • choc géopolitique ;
  • inflation ;
  • crise de liquidité.

La diversification permet principalement de réduire le risque lié à une concentration excessive.

Elle ne transforme pas un portefeuille risqué en placement garanti.

Exemple

Un portefeuille mondial d’actions peut détenir plusieurs milliers d’entreprises.

Il est extrêmement diversifié au sein de la catégorie « actions ».

Mais il reste fortement exposé au risque des marchés actions.

Diversification à l’intérieur d’une classe d’actifs et diversification entre plusieurs classes d’actifs sont donc deux notions différentes.

5. Une diversification utile, lisible et liquide

Éviter la multiplication inutile des supports

Multiplier les placements n’améliore pas indéfiniment la diversification.

À partir d’un certain niveau, ajouter de nouveaux supports peut :

  • reproduire des investissements déjà détenus ;
  • rendre le portefeuille difficile à comprendre ;
  • augmenter les frais ;
  • compliquer le suivi ;
  • rendre les arbitrages plus difficiles.

Exemple

Détenir cinq fonds mondiaux différents peut donner l’impression d’une diversification importante.

Mais s’ils détiennent essentiellement les mêmes entreprises, l’investisseur a surtout multiplié les lignes et éventuellement les frais.

Il convient donc de rechercher une diversification utile et compréhensible, plutôt qu’un nombre maximal de supports.

Diversifier les horizons et la liquidité

La diversification ne concerne pas uniquement les marchés financiers.

Elle peut également porter sur la disponibilité de l’épargne.

Supposons qu’un patrimoine soit intégralement investi dans :

  • de l’immobilier ;
  • des SCPI ;
  • du private equity ;
  • ou d’autres placements peu liquides.

Même si les actifs sont différents, l’investisseur peut rencontrer une difficulté commune : récupérer rapidement son argent.

Il peut donc être utile de distinguer :

  • Épargne disponible. Pour les dépenses imprévues ou projets proches.
  • Épargne de moyen terme. Pour des objectifs prévus dans quelques années.
  • Investissements de long terme. Pour les sommes qui peuvent rester investies sur une période importante.

Comme pour les retraits d’assurance-vie, comprendre les conditions réelles de disponibilité constitue un élément essentiel de l’analyse d’un placement.

6. L’analyse à l’échelle du patrimoine

Un produit peut être diversifié en lui-même tout en augmentant la concentration globale du patrimoine.

Exemple

Une personne possède déjà :

  • sa résidence principale ;
  • plusieurs logements locatifs ;
  • des SCPI.

Ajouter un nouveau fonds immobilier peut être diversifié à l’intérieur de sa propre stratégie, mais renforcer encore l’exposition globale du patrimoine à l’immobilier.

À l’inverse, un investissement qui paraît concentré pris isolément peut représenter une petite fraction d’un patrimoine globalement très diversifié.

L’analyse doit donc être réalisée à deux niveaux :

  • le support lui-même ;
  • sa place dans l’ensemble du patrimoine.

Les six questions à poser pour évaluer sa diversification

  1. Quelles sont mes principales expositions ?
    Actions, immobilier, obligations, liquidités : quelle part représente chaque catégorie ?
  2. Mes différents placements détiennent-ils réellement des actifs différents ?
    Ou plusieurs fonds possèdent-ils finalement les mêmes entreprises ?
  3. Suis-je trop dépendant d’un pays ou d’un secteur ?
    Une forte concentration peut ne pas être immédiatement visible.
  4. Que se passerait-il si mon principal marché baissait fortement ?
    Quel serait l’impact concret sur l’ensemble de mon patrimoine ?
  5. Quelle part de mon patrimoine puis-je récupérer rapidement ?
    Tous les actifs ne présentent pas le même niveau de liquidité.
  6. Chaque nouveau placement apporte-t-il réellement quelque chose de différent ?
    Diversification supplémentaire, nouvelle source de rendement ou simple duplication ?

La question n’est donc pas uniquement : « Combien de placements dois-je détenir ? »

Mais plutôt : « De quels risques mon patrimoine dépend-il réellement et que se passerait-il si l’un d’entre eux se matérialisait ? »

Sources et références

  1. 1.Autorité des marchés financiers (AMF), informations relatives à la diversification de l’épargne. — Autorité des marchés financiers
  2. 2.Autorité des marchés financiers (AMF), documentation relative au risque et au rendement des placements. — Autorité des marchés financiers
  3. 3.Autorité des marchés financiers (AMF), informations relatives à la liquidité des investissements. — Autorité des marchés financiers
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Auteur

Pierre Borolier

Conseiller en gestion de patrimoine

Pierre Borolier accompagne particuliers et chefs d'entreprise dans la structuration de leur patrimoine : immobilier, allocation d'actifs, fiscalité, préparation de la retraite et transmission.

Diplômé Bac+5 en Gestion de patrimoine. Après de nombreuses années dans différentes structures (banque privée, Family Office, Cabinets indépendants), j’ai décidé de créer ce site afin de transmettre mon expérience au plus grand nombre, afin de vous aider à mieux maîtriser ces notions, et à éviter les erreurs les plus fréquentes. En toute indépendance.

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